Lorsque l'on examine la cartographie du financement au fil des années, un phénomène frappant se dégage : l'écrasante majorité des fonds est dirigée vers des organisations identifiées à des conceptions progressistes, post-nationalistes, et parfois même anti-nationalistes. On ne trouve quasiment aucun soutien équivalent pour les implantations, les organisations sionistes nationales, les instituts de recherche conservateurs ou les organismes cherchant à renforcer l'identité juive de l'État. Voici quelques exemples :
La New Israel Fund (NIF)
Les principaux dons de la fondation dans le contexte israélien sont dirigés vers : l'Association pour les droits civiques, Breaking the Silence (Shvurim Shtika), Adalah, B'Tselem, Yesh Din et d'autres. Entre 2020 et 2023, la fondation a transféré 3,1 millions de dollars à B'Tselem et Adalah réunis.
La Fondation Wexner
Axée sur le développement du leadership juif en Amérique du Nord et en Israël, ainsi que sur le soutien aux institutions d'éducation juive, la fondation sélectionne chaque année une dizaine de hauts fonctionnaires israéliens pour un master dans le cadre du programme de mi-carrière de l'École Kennedy de l'Université Harvard. Jusqu'en 2025, environ 650 membres ont participé au programme, dont la grande majorité occupe des postes clés de premier plan dans la fonction publique israélienne : directeurs généraux de ministères, officiers supérieurs de Tsahal, juges, directeurs d'hôpitaux — et, fait notable, des directeurs généraux d'organisations du tiers secteur, d'associations, d'organisations de défense des droits humains, de fondations philanthropiques et d'organisations de bien-être social situées dans l'espace entre l'État (premier secteur) et le marché privé (deuxième secteur).
L'Open Society Foundations (OSF) de Soros
Le financement principal est dirigé vers des organisations palestiniennes telles qu'Al-Haq, Al-Mizan, le Civic Rights Movement, ainsi qu'Amnesty International, B'Tselem, Breaking the Silence, Yesh Din et d'autres. Il existe également d'autres fondations, comme la Fondation Ford et la Fondation des Frères Rockefeller, qui contribuent toutes aux mêmes organisations et à d'autres petites structures. Il ne s'agit pas d'un hasard. Les fondations ne distribuent pas d'argent sans objectif. Elles investissent là où elles souhaitent exercer une influence.
Une vision du monde en collision avec les fondements d'Israël
Le progressisme occidental, dont provient une part importante de ce financement, n'est pas seulement une position politique. C'est une vision du monde globale qui cherche à remettre en question les définitions traditionnelles de la nation, de l'identité, de la religion, de la famille et des frontières. Cette vision s'est développée aux États-Unis et en Europe occidentale, mais elle entre en collision frontale avec la conception fondatrice sur laquelle l'État d'Israël a été bâti : l'État-nation du peuple juif.
Aux yeux des partisans de ces fondations, il s'agit de promouvoir des valeurs universelles. Aux yeux de leurs détracteurs, il s'agit d'une tentative de remodeler l'identité d'Israël par le biais d'une puissance économique extérieure. La question n'est pas de savoir s'il est permis de donner de l'argent. La question est de savoir s'il est légitime que des acteurs n'ayant jamais été élus par les citoyens israéliens influencent directement les institutions de l'État, le système judiciaire, le discours médiatique, le système éducatif et les centres de prise de décision.
Lorsque des fonds étrangers financent des organisations qui mènent des combats publics, des recours devant les tribunaux, des campagnes médiatiques et une activité politique continue, il devient difficile de présenter cela comme une contribution neutre à la société civile. Il s'agit d'un exercice de pouvoir. Un pouvoir qui ne se mesure pas dans les urnes, mais en termes de budgets.
Le véritable test de souveraineté
Le grand danger n'est pas telle ou telle manifestation, tel ou tel recours, ou telle ou telle organisation. Le danger est la création d'un système parallèle de centres de pouvoir, d'institutions, d'influence et de narratifs, opérant sur le long terme en dehors du mécanisme démocratique ordinaire, et cherchant à remodeler l'identité de l'État. Les nations ne s'effondrent pas seulement sous des attaques extérieures. Parfois, elles s'affaiblissent de l'intérieur, lorsque des groupes disposant de ressources considérables parviennent à modifier progressivement les postulats fondamentaux sur lesquels la société a été construite.
À l'approche des prochaines élections, la population israélienne devra trancher non seulement entre partis ou candidats, mais aussi sur une question bien plus profonde : l'État d'Israël continuera-t-il à façonner son avenir par le verdict majoritaire des urnes, ou permettra-t-il à des acteurs de pouvoir extérieurs, richissimes et influents, de modeler son identité par l'argent, les médias et les mécanismes de pression ? Tel est le véritable test de souveraineté de la démocratie israélienne.