Haaretz a appris que le gouvernement israélien débourse plus de 40 millions de dollars pour une campagne d'influence ciblant les républicains chrétiens — soit trois fois le budget initialement alloué. Lancée à la fin de l'année dernière, cette campagne s'élargit désormais et concentre ses messages sur une tentative de justifier la guerre en Iran. Des documents déposés auprès du ministère américain de la Justice révèlent par ailleurs qu'Israël a signé un nouveau contrat avec une société de production new-yorkaise pour mener en son nom une campagne numérique pro-Israël fondée sur la narration, pour un coût avoisinant le million de dollars.

Haaretz avait révélé en novembre dernier qu'Israël avait signé des accords de plusieurs millions de dollars avec des entreprises américaines de contenu et de médias pour conduire en son nom des campagnes pro-Israël visant les chrétiens conservateurs, dans le contexte de la chute du soutien à Israël depuis la guerre à Gaza — y compris parmi des segments du public traditionnellement considérés comme pro-israéliens.

Le contrat central : Brad Parscale et les sites de propagande

Le contrat principal, d'une valeur de 6 millions de dollars, a été signé avec une agence de relations publiques appartenant à Brad Parscale, qui a dirigé les campagnes numériques électorales du président américain Donald Trump en 2016 et en 2020. En février, Haaretz avait exposé certains des produits livrés par cette agence, au premier rang desquels un réseau de sites de propagande diffusant un contenu pro-Israël et anti-palestinien, conçu pour paraître neutre et factuel. L'objectif central de ces sites était d'influencer les réponses fournies par les moteurs de recherche et les chatbots basés sur l'intelligence artificielle.

Depuis lors, la position d'Israël au sein de la droite américaine s'est encore dégradée. Des sondages réalisés en mars, au plus fort de la guerre contre l'Iran, montrent que cette tendance est particulièrement marquée chez les jeunes républicains. Selon une enquête du Pew Research Center, environ 41 % des républicains et 57 % des jeunes républicains (de moins de 50 ans) ont une opinion négative d'Israël. Globalement, environ 60 % des Américains ont désormais une opinion négative d'Israël, contre 53 % l'année dernière et 42 % en 2022. La confiance envers le Premier ministre Benjamin Netanyahou est également en recul : près de 60 % du public américain ne fait pas confiance à son jugement sur la scène internationale, contre 52 % l'année dernière et 42 % en 2023.

Un budget multiplié par trois

Des documents récemment déposés par l'agence de Parscale au titre du Foreign Agents Registration Act (loi sur l'enregistrement des agents étrangers) montrent que son accord avec le gouvernement israélien a été mis à jour et élargi : l'État paie désormais 4,5 millions de dollars par mois pour la campagne, au lieu de 1,5 million, portant le total à 40,5 millions de dollars pour la « publicité numérique » sur une année.

L'accord mis à jour indique à nouveau que l'objectif de la campagne est de « lutter contre l'antisémitisme », mais comme cela est apparu en début d'année, la campagne ne traite en pratique que de façon négligeable de l'antisémitisme. Pendant la guerre à Gaza, les sites de la campagne s'employaient principalement à construire un récit anti-palestinien ; désormais, l'accent semble s'être déplacé vers une tentative de justifier la guerre en Iran. Il s'agit très vraisemblablement d'une réponse aux accusations croissantes aux États-Unis — y compris au sein de la droite américaine — selon lesquelles Netanyahou et Israël auraient entraîné Trump dans une guerre injustifiée.

Un nouveau site, une nouvelle cible : l'Iran, le Qatar, la Chine

Une analyse effectuée par Haaretz révèle qu'un nouveau site a récemment été mis en ligne dans le cadre de cette campagne, prétendant « exposer la vérité sur l'Iran », et que, parallèlement, les sites existants gérés par l'agence de relations publiques ont commencé à attaquer le Qatar et la Chine de manière plus agressive.

Les documents révèlent également qu'Israël a récemment recruté une autre société, une maison de production new-yorkaise appelée Piro, pour mener une campagne pro-Israël de « narration numérique » dont le but est « d'influencer l'opinion publique américaine ». Piro a été fondée par le producteur hollywoodien Daniel Rosenberg et le publicitaire Tim Piper, et commercialise un système propriétaire de gestion des narratifs construit autour de la découvrabilité par l'IA. Selon le contrat, une part substantielle du budget de la campagne est réservée à la mobilisation de « talents » et à la production de vidéos destinées à être diffusées sur les réseaux sociaux.

TheTruthAboutIran.com : justifier la guerre a posteriori

Le nouveau site mis en ligne par l'entreprise de Parscale, TheTruthAboutIran.com, s'inscrit dans la continuité de ses prédécesseurs en prétendant fournir aux lecteurs des faits objectifs. Le site présente l'Iran comme un danger direct pour les États-Unis, et semble avoir été créé pour tenter de justifier la guerre récente — alors que les sondages montrent qu'une nette majorité d'Américains estiment que leur pays n'aurait pas dû participer à cette campagne militaire. « À la suite de la guerre de 12 jours de juin 2025, l'Iran a accéléré son programme nucléaire, déplacé ses installations en profondeur sous terre et utilisé les négociations pour gagner du temps », indique la page d'accueil du site, alors que l'enfouissement des installations a en réalité commencé il y a plus d'une décennie.

Dans le même temps, les messages diffusés sur les autres sites créés pour la campagne se sont affinés. Le site Allyvia, axé sur l'alliance sécuritaire américano-israélienne, a publié des articles expliquant que Trump n'a pas été entraîné dans la guerre par Netanyahou, mais qu'il y est allé pour renforcer la position de l'Amérique sur la scène mondiale. Un autre article affirme que la guerre a contribué à la sécurité des citoyens américains.

Un axe du mal anti-occidental : Iran, Qatar, Chine

Ce site anti-Iran n'est que l'un des signes de ce qui se dessine comme la nouvelle mission centrale de la campagne d'influence : esquisser un axe du mal mondial anti-occidental dirigé par l'Iran, la Chine et le Qatar. Sur Cognitura, présenté comme une « plateforme d'éducation et de recherche », on trouve une longue liste d'articles traitant de l'emprise croissante du Qatar sur les États-Unis. Un article, citant un rapport de la Foundation for Defense of Democracies — un institut de recherche américain conservateur opposé à l'Iran — affirme que le Qatar injecte des centaines de milliards de dollars aux États-Unis, notamment dans ses universités, et utilise ses liens économiques pour acheter de l'influence politique. D'autres articles affirment que le Qatar a « acheté » la Cour pénale internationale, et citent des sources selon lesquelles Tucker Carlson — figure emblématique du mouvement MAGA et chef de file de l'opposition conservatrice à la guerre en Iran — serait lui-même lié au Qatar.

Ainsi, tandis que les conseillers du Premier ministre avaient monté une campagne pro-qatarie qui a été exposée par Haaretz, Israël conduit simultanément une campagne d'influence anti-qatarie. Dans la première campagne, l'émirat était présenté comme modéré et pacifiste ; dans la seconde, il est présenté comme un acteur dangereux d'où émanent les actes de terreur islamiste.

La campagne actuelle relie l'axe irano-qatari à la Chine, qu'elle désigne comme le principal acteur de l'axe anti-occidental. Le nouveau site expose « les liens du régime iranien avec la Chine communiste », et divers articles publiés sur le réseau de sites présentent les investissements chinois dans les outils d'IA en langue anglaise comme une campagne d'influence hostile, et décrivent comment des faux comptes opérant au nom de Pékin propagent l'antisémitisme sur les réseaux sociaux. Encore et encore, le message est que les protestations anti-Israël s'inscrivent dans un mouvement plus large contre l'hégémonie américaine, contre le capitalisme et contre les valeurs occidentales. « Pour de nombreux Américains, c'est une question de sécurité nationale, de compétition économique et de lutte pour la suprématie technologique face à la Chine », indique l'un des sites.

Il s'agit là d'une ligne relativement nouvelle et affirmée pour Israël, qui jusqu'à présent préférait ne pas s'opposer à la Chine. Cela dit, depuis le massacre du 7 octobre, des chercheurs — y compris de l'Institut pour les études de sécurité nationale — ont mis en lumière le rôle de Pékin dans la diffusion de contenus hostiles à Israël.