Une défaite politique malgré des victoires militaires

Le fait même que l'Iran, qui a perdu militairement la guerre, soit en mesure de dicter politiquement ses résultats, constitue pour elle un acquis stratégique colossal — surtout face à Israël, qui a remporté les batailles sur le terrain mais les perd l'une après l'autre sur le plan politique.

L'approfondissement de l'enlisement actuel au Liban, par l'extension de l'occupation jusqu'à la région de Nabatiyeh, ne garantit que moins de sécurité et davantage d'implication dans l'autodéfense, la sécurisation des axes d'approvisionnement, une logistique longue et lourde — et fournira bien plus de cibles aux drones du Hezbollah. L'aspiration à des frappes sur des capitales, même si elle a été accordée — ce qui est peu probable —, ne garantit aucun acquis, si ce n'est une tentative pathétique de revenir aux équations de dissuasion d'antan.

Après le désastre du 7 octobre, qui a conduit à la catastrophe la plus grave de l'histoire d'Israël — elle-même née d'une décennie de politique d'achat de calme à prix d'argent —, et après près de trois ans de guerre payée au prix du sang de nombreux combattants, on peut affirmer que tous les acquis militaires obtenus au cours de cette guerre sont désormais définitivement érodés.

Du silence absolu à la paralysie absolue

Israël est passé, au fil de ces années, d'une politique de silence absolu à une politique de victoire absolue, pour aboutir aujourd'hui à une paralysie absolue, dans une obéissance totale aux Américains. Ces derniers, après l'échec du changement de régime en Iran — que les pressions israéliennes avaient contribué à viser —, ne comptent plus vraiment Israël et voient dans le Premier ministre un fardeau qui les a entraînés dans une mauvaise guerre. La main de l'Iran est désormais sur le dessus : c'est elle qui dicte, via les Américains, les conditions de fin de conflit.

Fin 2024, Israël disposait de toutes les options pour faire avancer un acquis politique, tant face à Gaza que face au Liban, qui aurait pu déboucher non seulement sur des gains substantiels, mais aussi sur un véritable changement régional.

Après la guerre des 12 jours, et face à la crainte iranienne d'une reprise des combats, Israël aurait pu faire pression sur les États-Unis pour obtenir un accord bien meilleur que l'accord actuel. Khamenei, malgré les difficultés qu'il posait dans les négociations, placé sous la menace d'une guerre suspendue au-dessus de sa tête, aurait pu concéder bien davantage que ce que permet la mise en œuvre limitée de la guerre et la tentative actuelle d'arracher à son fils, mis sous tutelle par les Gardiens de la Révolution, un accord qui est bien moins favorable que l'accord Obama — celui-là même que Nétanyahou avait poussé à quitter.

Le Hezbollah et le Hamas : les grands gagnants ?

Le Hezbollah, malgré sa situation militaire difficile, parvient à frapper efficacement les soldats de Tsahal. Naïm Qassem a parié juste sur l'Iran dans ses heures les plus sombres et en a tiré un bénéfice considérable. Le soutien iranien qu'il reçoit dans les moments les plus critiques pour son organisation lui a valu une légitimité de la part de Trump, ainsi que la dictée d'un cessez-le-feu qui imposera également les conditions d'une fin de guerre qui ne saurait tarder. Des accords qui non seulement garantiront la survie du Hezbollah au Liban, mais lui assureront un statut protégé et particulier en tant que membre d'une coalition iranienne reconnue par les États-Unis. Son influence sera en réalité plus grande que celle du gouvernement libanais.

Dans cette situation, la base d'un accord effectif entre Israël et le gouvernement libanais s'effondre : Israël a gaspillé tout le temps durant lequel il aurait pu signer un accord sous parrainage américain incluant un processus de désarmement du Hezbollah. Mais aujourd'hui, alors que l'Iran réussit à imposer ses conditions en raison des tergiversations israéliennes, il ne fait aucun doute que la clause garantissant le statut du Hezbollah au Liban est bien inscrite dans l'accord — et Israël ne pourra plus en changer la teneur. Il s'agit d'une faute politique monumentale et terrible.

Si l'Iran parvient également à faire entrer le Hamas dans cet accord, ce sera tout simplement une défaite totale et sans précédent pour Israël. Nétanyahou pourra résumer son mandat en ayant présidé aux trois plus grandes défaites de l'histoire d'Israël : l'échec de la politique qui a engendré le 7 octobre, la gestion calamiteuse de la guerre, et la défaite stratégique et politique à son issue.

L'humiliation sans précédent

L'appel de réprimande de Trump à Nétanyahou n'est pas seulement une humiliation sans pareille — il indique clairement que Trump considère Nétanyahou comme son vassal, un exécutant à sa botte. Et Nétanyahou, totalement dépendant de Trump, y compris et surtout sur le plan personnel, est contraint de lui obéir.

Israël ne s'est jamais trouvé dans une telle infériorité politique. Le prochain gouvernement devra tracer une voie entièrement nouvelle à travers les décombres que laisse Nétanyahou sur les plans sécuritaire, diplomatique, de l'insécurité personnelle, économique et social.