On l'a peut-être oublié, mais la paix fut un jour populaire ici. Les négociations et les arrangements politiques dominaient le discours public dans les années 1970, 1980 et 1990. Malgré les guerres menées à l'ère du Parti travailliste de Peres et Rabin, ces derniers s'étaient approprié le concept de paix et accusaient le Likoud d'y faire obstacle. C'est pourtant Begin, qui ne parlait pas de paix, qui conclut le premier accord de paix — avec l'Égypte.
Les relations de la droite avec le mot paix sont complexes. Ses dirigeants ont été accusés pendant des années d'être l'obstacle au grand espoir que le peuple d'Israël appelait de ses vœux. En 1996, Netanyahu dut relever ce défi : opposition totale à la paix d'Oslo d'un côté, et préservation de l'espoir d'une paix de l'autre. Lors de la campagne de 1996, j'ai contribué à forger le lien entre paix et sécurité dans le slogan « Netanyahu — faire une paix sûre ». Aux élections de 2000, Sharon se défendit contre son image belliciste avec le slogan « Seul Sharon apportera la paix ».
Depuis lors, à mesure que l'espoir s'est évanoui, l'usage du mot paix s'est lui aussi dissipé. Après Oslo — la grande fracture —, vinrent la deuxième Intifada, la désillusion du désengagement, et le choc final avec le massacre horrible du 7 octobre. Cet événement a rayé le mot paix du dictionnaire politique de tous les partis.
La seule embellie que connaissent encore le mot paix et la normalisation avec les Arabes vient paradoxalement de Netanyahu, à travers les accords d'Abraham. Après que le Likoud de Shamir, Sharon et Netanyahu avait tourné en dérision la promesse de Peres d'un « Nouveau Moyen-Orient », Netanyahu et Trump ont remis l'arrangement de paix régional au cœur du débat public. Et aujourd'hui encore, au creux de l'espoir de paix, un arrangement régional reste pertinent et discuté, incluant une coopération poussée entre Israël et les États arabes de la région.