En ce moment où les couloirs de la Knesset bruissent d'activité et où les calendriers des commissions s'étirent tard dans la nuit, il est encore difficile de dresser un bilan exhaustif des réalisations du gouvernement. La dernière ligne droite de la session en cours s'écrit encore en direct. Des textes législatifs majeurs sont sur la table — des lois de gouvernance aux amendements attendus sur le système judiciaire — et ce n'est qu'à la clôture de la semaine que l'on saura lesquels de ces objectifs ont été pleinement atteints et lesquels ont été repoussés. Mais avant même que la fumée des batailles législatives du week-end ne se soit dissipée, un fait s'impose déjà, solide et incontestable : cette Knesset accomplit son mandat jusqu'au bout. Les élections auront lieu à la date légalement prévue.
Pour un gouvernement qui a opéré sous des pressions sans précédent — internes et externes à la fois —, le simple fait d'atteindre la ligne d'arrivée dans les délais constitue une réussite stratégique de premier ordre. Mais dans le miroir de cette réussite se reflète un échec retentissant, presque incompréhensible, de l'opposition israélienne. Au terme d'une législature jalonnée de bouleversements, de crises et d'événements historiques, l'opposition n'a pas réussi à produire un seul défi sérieux à la survie du gouvernement.
Des conditions de départ exceptionnellement favorables
Il faut regarder la réalité en face : jamais une opposition n'avait bénéficié d'un vent arrière aussi puissant en provenance des centres de pouvoir non élus. Les grands médias se sont mobilisés presque intégralement pour amplifier chaque message de l'opposition, la Cour suprême (Bagatz) s'est érigée en obstacle actif face aux initiatives du gouvernement, et la conseillère juridique du gouvernement a mené une confrontation quotidienne avec les ministres du cabinet.
Dans une telle configuration, où l'ensemble des rouages de l'« État profond » et des médias opèrent en synchronisation avec les bancs de l'opposition, tout le monde s'attendait à ce que le gouvernement s'effondre en quelques mois. Et pourtant, malgré les manifestations, malgré la guerre, malgré la pression judiciaire — le gouvernement n'a pas seulement survécu, il aborde la dernière ligne droite en dictant l'agenda.
L'échec de fond : la politique par procuration
L'échec de l'opposition n'est pas seulement technique, il est fondamental. Au lieu de faire de la politique — c'est-à-dire décomposer la coalition de l'intérieur, créer des fissures entre les partis ou proposer une alternative susceptible de séduire les électeurs du centre-droit — elle a choisi l'externalisation. Elle a misé sur le fait que la Cour suprême invaliderait, que la conseillère juridique freinerait, que la rue s'enflammerait ou que la pression internationale capitulerait. Elle attendait un deus ex machina qui ferait tomber le gouvernement à sa place, et pendant qu'elle attendait ce miracle, le gouvernement continuait de gouverner.
Même maintenant, lors de ces manœuvres et législations de dernière minute auxquelles nous assistons cette semaine, l'opposition apparaît comme traînée par les événements plutôt que comme les pilotant. Elle n'a pas réussi à produire un seul transfuge significatif, n'a pas su exploiter les crises de coalition pour provoquer des élections anticipées, et est restée impuissante face à une coalition de 64 sièges qui s'est révélée bien plus solide que ce qu'estimaient les commentateurs des plateaux télévisés.