À l'approche de la Semaine du livre, nous avons tendance à écrire sur les livres comme des sources d'inspiration et d'imagination, des outils de développement du langage et de la cognition. Mais les livres ne sont pas qu'un simple produit culturel. Ils sont aussi des œuvres chargées de contenus idéologiques. Certains sont même jugés si dangereux que des gouvernements interdisent leur diffusion, des communautés les boycottent, des parents s'en alarment, et des systèmes éducatifs tentent d'en neutraliser la subversion.

La censure gouvernementale et les interdictions généralisées de diffusion des livres sont un phénomène répandu dans le monde. Ici aussi, dans l'Israël d'aujourd'hui, les livres continuent de susciter la controverse. Ainsi, la recommandation d'intégrer Gader Haya de Dorit Rabinyan au programme scolaire a été rejetée au motif d'un « mélange indésirable d'identités entre les personnages du livre ». Le fait qu'un livre puisse déclencher une tempête publique prouve que nous croyons encore en son pouvoir de transformer les consciences. Si les livres n'étaient que divertissement ou inspiration, personne ne se donnerait la peine de les combattre.

Les livres ont un pouvoir guérisseur précisément parce qu'ils déstabilisent. Ils nous forcent à quitter les sentiers battus, à élargir les frontières de la pensée, à affronter des zones que nous préférons refouler. Les livres nous ébranlent. Parfois avec douceur, parfois avec violence, mais toujours par un mouvement qui exige de sortir de notre zone de confort. C'est pourquoi, peut-être, au lieu de se demander comment renforcer la lecture chez les enfants, il serait plus pertinent de se demander si nous sommes prêts à reconnaître le véritable pouvoir des livres — en tant qu'outils capables de briser et de reconstruire.