Idan Kavler, envoyé spécial de Walla Sport pour la Coupe du monde
À quelques heures du premier match de l'Iran à la Coupe du monde face à la Nouvelle-Zélande, il était évident que le football ne constituait qu'une partie — et peut-être même la moindre — de l'histoire. La conférence de presse officielle de la sélection, organisée au stade de Los Angeles, s'est soudain transformée en scène de tension politique. Peu après, devant le stade du LA Galaxy en MLS où l'équipe tenait son entraînement de clôture, des opposants au régime iranien manifestaient, aux côtés d'une poignée de partisans. Durant l'entraînement lui-même, on pouvait distinguer deux ou trois Iraniens arborant le drapeau du régime, dont une femme portant le voile de la République islamique.
Un périple de Tijuana à Los Angeles
Les Iraniens sont arrivés en Californie au terme d'un voyage pour le moins singulier depuis leur camp de base à Tijuana, au Mexique. Au sein de la délégation, on rapporte qu'un trajet censé durer une demi-heure a finalement pris près de cinq heures, en raison des mesures de sécurité, des formalités de passage de frontière et des restrictions encadrant les déplacements de la délégation. La FIFA a indiqué à Walla que tout s'était déroulé normalement, affirmant que le retard d'un quart d'heure sur le convoi était parfaitement banal et s'expliquait par un départ tardif de l'hôtel et les embouteillages de Los Angeles. Rappelons qu'entre ses matchs, l'Iran ne séjourne pas aux États-Unis mais au Mexique, et ne foule le sol américain qu'à l'approche de chaque rencontre.
Des manifestants accueillent la sélection iranienne à Los Angeles
Avant même le début de la conférence de presse, les représentants de la FIFA nous ont demandé de nous concentrer sur le football et de ne pas aborder la guerre, les négociations diplomatiques entre Washington et Téhéran, ni aucune autre question politique. Pourtant, dans les faits, ce sont précisément les représentants iraniens eux-mêmes qui ont réitéré leurs références à la situation entourant leur équipe.
L'attaquant Mehdi Taremi a souligné que les joueurs « respectent tous les Iraniens », aussi bien ceux vivant en Iran qu'en diaspora, et a affirmé que l'objectif de la sélection était de « porter la joie aux Iraniens partout dans le monde ». Le sélectionneur Amir Ghalenoei a lui aussi évoqué les difficultés qui accompagnent cette campagne et la volonté d'offrir un moment de répit aux citoyens iraniens.
Le moment de tension : la question sur le drapeau au lion et au soleil
Mais le moment le plus tendu est survenu vers la fin de la conférence de presse : un journaliste de l'AFP a demandé ce qui se passerait si des drapeaux au lion et au soleil — emblème associé à l'époque du Shah et aux opposants au régime iranien — étaient déployés dans les tribunes. Avant même que la question ne soit achevée, l'un des membres de la délégation iranienne faisait des signes nerveux en direction du représentant de la FIFA sur la tribune. En quelques secondes, la question fut interrompue, et le représentant de la FIFA fit savoir aux journalistes que la sélection n'y répondrait pas.
Le sélectionneur iranien s'est contenté d'une réponse générale, affirmant que ses joueurs savent faire abstraction des distractions et se concentrer sur le jeu. Les Iraniens ont ensuite rejoint le stade du Galaxy pour leur entraînement de clôture. À l'extérieur, un tableau radicalement différent de celui que tentaient de présenter les organisateurs à l'intérieur s'offrait aux regards. Un petit groupe d'opposants au régime manifestait sur place, brandissant des drapeaux au lion et au soleil. Parmi les manifestants, on apercevait également des drapeaux israéliens, en signe de solidarité avec la lutte contre le régime de Téhéran.
« Tehrangeles » : une communauté entre deux luttes
Maya, une Israélienne présente sur les lieux avec un drapeau israélien, a confié à Walla qu'il s'agissait pour elle d'un geste de soutien mutuel. « Beaucoup de Persans nous ont soutenus depuis le 7 octobre ici à Los Angeles. Nous voulons voir l'Iran libre et le peuple iranien libre », a-t-elle déclaré. Elle a précisé qu'elle soutient certes le président Trump, mais qu'elle n'est pas enthousiaste à l'idée d'un accord avec le régime de Téhéran. À côté des manifestants, seuls deux partisans affichés du régime iranien étaient visibles dans la zone, et le sentiment général était que la majorité des personnes présentes souhaitant exprimer un avis le faisaient contre le pouvoir en place à Téhéran.
Dans ce contexte, la sélection elle-même s'efforce de se concentrer sur le football. L'Iran n'a jamais franchi le premier tour d'une Coupe du monde, et cette fois encore, elle fait figure d'outsider dans un groupe qui comprend également la Belgique et l'Égypte. Le sélectionneur et les joueurs ont reconnu que la tension entourant l'équipe avait rendu l'expérience du Mondial moins festive qu'à l'ordinaire, mais ils ont répété inlassablement le même message : l'envie de réjouir le peuple iranien.
Ce soir, lorsque l'Iran affrontera la Nouvelle-Zélande, ce ne sera pas seulement pour arracher trois points. L'équipe entrera sur la pelouse avec dans son sillage une guerre, des manifestations politiques, un accord diplomatique qui secoue le Moyen-Orient, et une communauté iranienne bouillonnante dans cette ville qu'ils appellent « Tehrangeles » — qui poursuit son combat loin de Téhéran.