L'équipe nationale iranienne a tenté de mettre toutes les tensions de côté pour se consacrer au football, dans la nuit de lundi à mardi. Elle y est partiellement parvenue, revenant deux fois au score pour arracher un spectaculaire match nul 2-2 face à la Nouvelle-Zélande — dans une rencontre qui dépassait largement le cadre du sport.

Un stade transformé en tribune de contestation

Avant même le coup d'envoi, le stade SoFi d'Inglewood s'est mué en scène de protestation. Tandis que les joueurs iraniens se tenaient épaule contre épaule pour chanter leur hymne national, le drapeau de la République islamique couvrant presque la moitié du terrain, des sifflets et des cris de contestation ont fusé depuis les tribunes.

Le sélectionneur iranien, Amir Ghalenoei, s'est montré sévèrement critique après que lui et ses joueurs n'ont été autorisés à entrer aux États-Unis que 24 heures avant le coup d'envoi — et ont été contraints de repartir dès le coup de sifflet final. « Nous avons passé un temps considérable dans les avions, dans le bus on ne nous a pas laissé nous reposer, on nous a dit de partir immédiatement et on nous a demandé de monter sans délai dans un avion pour Tijuana. Nous sommes très perturbés par tout cela », a-t-il déclaré. Rappelons que le camp d'entraînement iranien avait été déplacé de Tucson, en Arizona, à Tijuana, en raison de l'escalade des tensions avec les États-Unis et des retards dans l'obtention des visas.

« Nous étions censés rester ici cette nuit pour récupérer, et on ne nous a pas permis de rester jusqu'au lendemain. Notre équipe est la plus opprimée de tout ce tournoi. »

Le sélectionneur frustré a poursuivi : « Les dirigeants de notre fédération ne sont pas là, le département de communication est absent, et notre staff technique a été contraint de s'occuper d'autres choses. Mes joueurs sont épuisés, et pourtant ils ont marqué deux fois et ont puisé de l'énergie dans le public. »

Ramin Rezaeian entre le but et le silence politique

À l'issue du match, le joueur iranien Ramin Rezaeian a lui aussi eu du mal à ignorer la tension ambiante. Après son but en première mi-temps, il s'est couvert le visage de son maillot et a déclaré : « C'est quelque chose de politique, je ne veux pas en parler. » Il est revenu sur ses mots par la suite, affirmant qu'il ne s'agissait pas d'un « geste politique », et a refusé d'en dire davantage.

Sur les sifflets pendant l'hymne national, le buteur a répondu : « Le monde entier connaît maintenant mon peuple. S'il y a des problèmes entre nous, c'est notre affaire. Ce n'est pas votre affaire. Je vous respecte, mais cela nous concerne. »

Des manifestations devant et dans le stade

À l'extérieur du stade, de petites manifestations contre le régime iranien ont eu lieu. L'un des manifestants a crié dans un mégaphone : « Le régime islamique, c'est du terrorisme. Pas de paix avec les terroristes. » Une femme portant un t-shirt « IRAN » orné d'un cœur rouge tenait une pancarte avec des photos de footballeurs tués, affirmant vouloir entrer dans le stade pour siffler « de toutes ses forces ».

« L'équipe qui joue aujourd'hui dans ce stade représente les Gardiens de la Révolution », a déclaré cette femme, qui s'est identifiée auprès du Washington Post sous le prénom de Rose, refusant de donner son nom de famille par crainte de représailles contre elle ou ses proches. « Ce n'est pas l'équipe nationale iranienne. »

Rose a expliqué qu'elle avait prévu d'introduire dans le stade le drapeau au lion et au soleil — le drapeau pré-révolutionnaire iranien, devenu pour les opposants à la République islamique un symbole d'identité nationale et de résistance. La FIFA a interdit l'entrée de ces drapeaux dans les stades, les qualifiant de symboles politiques, et un tribunal de Los Angeles a rejeté une tentative de dernière minute d'annuler cette interdiction. Malgré cela, de nombreux drapeaux au lion et au soleil étaient visibles dans les tribunes. Pour Rose, il ne s'agit pas d'un message politique, mais d'une question d'identité. « Nous sommes en guerre, a-t-elle dit. Nous saisirons chaque occasion pour être la voix du peuple. »

À l'intérieur du stade, la contestation s'est également poursuivie. Une immense banderole a été déployée dans les gradins, portant l'inscription : « 42 000 #IranMassacre » — en référence au nombre de civils tués par les autorités iraniennes depuis le début de l'année. Parallèlement, une partie des supporters a sifflé l'hymne iranien, tandis que d'autres encourageaient les joueurs, s'efforçant de maintenir la soirée dans les limites du football.