Pour illustrer l'absurdité de la situation, on peut effectuer un exercice de pensée : imaginons qu'en Israël se constitue une organisation extrémiste, agissant à l'encontre de la politique gouvernementale, qui tirerait des missiles en direction du Liban depuis le territoire israélien. Le gouvernement israélien pourrait-il se contenter de déclarer qu'il s'agit d'une organisation indépendante et que le Liban doit y faire face directement ? Vraisemblablement non. La communauté internationale, tout comme le Liban lui-même, considérerait l'État d'Israël comme le responsable de ce qui se passe sur son sol. C'est de là que découle la thèse centrale : tant que le Liban permet de facto à des organisations armées d'opérer depuis son territoire contre Israël, il doit en assumer la responsabilité politique et stratégique.

Plutôt que de se focaliser uniquement sur l'organisation elle-même, Israël doit imposer au gouvernement libanais un coût clair et significatif pour son refus ou son incapacité à empêcher l'agression depuis son territoire. À mon sens, seule la création de leviers de pression substantiels sur l'État libanais pourra modifier l'équilibre des calculs à Beyrouth et clarifier que la responsabilité de la sécurité à la frontière ne repose pas sur Israël seul. La question n'est pas seulement de savoir comment affronter l'organisation terroriste, mais comment amener l'État sur le territoire duquel elle opère à comprendre qu'il ne peut pas rester spectateur, et qu'il doit assumer les conséquences directes de sa politique de laxisme.

Le vrai débat doit se concentrer sur la question de la responsabilité étatique et sur la manière de créer une dissuasion efficace vis-à-vis de ceux qui permettent la perpétuation de la menace, et pas seulement à l'égard de ceux qui l'exécutent concrètement. Le tournant adviendra seulement le jour où le gouvernement libanais craindra davantage les conséquences d'un affrontement avec Israël que celles d'un affrontement avec le Hezbollah. Tant que l'équilibre de la peur interne au Liban penche en faveur de l'organisation, le gouvernement de Beyrouth n'a aucune incitation réelle à le contenir ou à s'y confronter. C'est pourquoi Israël doit changer son message envers le Liban en tant qu'État et clarifier que la responsabilité de ce qui se passe sur son territoire lui incombe.

Beyrouth doit comprendre qu'il n'est pas possible de jouir d'une pleine souveraineté tout en se déchargeant de la responsabilité d'une organisation armée opérant depuis le pays et attaquant un État voisin. Selon cette approche, Israël doit placer le gouvernement libanais devant un choix clair : soit vous agissez résolument aux côtés d'Israël contre le Hezbollah, soit vous êtes du côté du Hezbollah et vous devez vous attendre à en payer le prix — politique, économique et stratégique. Ces coûts incluent des frappes directes sur les ports maritimes, les aéroports, les ponts, les centrales électriques, les réservoirs de pétrole, le bâtiment du Parlement et toutes les institutions et symboles du pouvoir de l'État libanais qui tolère le terrorisme.

En tant que partisan de cette approche, je suis convaincu que seule la création d'une pression significative sur les institutions de l'État et sur les centres du pouvoir national conduira à un véritable changement dans les calculs de la direction libanaise. Selon moi, la dissuasion à long terme ne s'obtiendra pas par un affrontement permanent avec le seul Hezbollah, mais par l'établissement d'une compréhension claire que l'État ne peut pas rester neutre lorsque son territoire sert de base à l'agression. En définitive, l'État libanais doit assumer l'entière responsabilité de ce qui se passe à l'intérieur de ses frontières et agir en conséquence — et si tel n'est pas le cas, il faut procéder à des frappes cinétiques infligeant des dommages sévères au Liban jusqu'au lever du drapeau blanc : la capitulation.