Le sommet en Suisse
Pour tenter de percer le mystère de cette équation, il faut décortiquer les couches de la politique américaine et examiner les deux plans parallèles qui animent la Maison-Blanche — le plan apparent et le plan dissimulé. Et surtout, analyser comment cette manœuvre affecte directement les intérêts sécuritaires d'Israël.
Cette analyse ne traitera pas des raisons internes américaines, qu'elles soient économiques ou politiques. Ces facteurs pèsent certes dans la conception des décisions de l'administration, mais ils ne suffisent pas à expliquer à eux seuls ce que les pays du Moyen-Orient perçoivent et ressentent comme une véritable « capitulation » face aux négociateurs iraniens. Les véritables réponses sont à chercher, semble-t-il, sur le terrain stratégique et du renseignement.
Trois ressorts de la politique américaine
Premièrement : l'identification d'un « pragmatisme » dans la nouvelle direction
À la Maison-Blanche, on identifie — ou choisit d'identifier — la direction iranienne actuelle comme un acteur plus rationnel qu'auparavant, capable de comprendre les limites du pouvoir et de répondre à un système de pressions et d'incitations.
Deuxièmement : le levier économique écrasant
La situation économique de l'Iran est à un niveau de décrépitude sans précédent. L'hyperinflation galopante, l'effondrement de la monnaie et l'agitation sociale intérieure sont perçus à Washington comme les outils de pression les plus efficaces, contraignant Téhéran à venir à la table des négociations depuis une position de faiblesse structurelle.
Troisièmement : le souvenir de l'opération Epic Fury
La défaite cuisante infligée aux Gardiens de la Révolution lors de l'opération Epic Fury a clairement signifié à Téhéran le prix d'un affrontement direct avec la puissance occidentale. La supériorité militaire américaine a été prouvée sur le terrain, et du point de vue de l'administration, cette dissuasion est précisément ce qui ouvre un espace de flexibilité politique et diplomatique.
La couche dissimulée : la déstabilisation de l'intérieur
Mais sous la surface, dans la strate cachée, les raisons du comportement américain sont bien plus complexes et fascinantes. C'est là qu'entrent en scène les rapports de renseignement et les activités clandestines, loin des regards du public.
Selon des publications médiatiques, les agences de renseignement américaines et israéliennes ne restent pas les bras croisés. Une activité clandestine intensive se déroulerait au sein des différents groupes d'opposition au régime — des organisations d'opposants en exil jusqu'aux minorités ethniques frustrées à l'intérieur même de l'Iran.
L'objectif est clair : exploiter le point de vulnérabilité actuel pour accélérer et alimenter des processus de déstabilisation du régime de l'intérieur, tandis que la diplomatie officielle sert d'écran de fumée.
Le dilemme stratégique d'Israël
Pour les décideurs israéliens, le double jeu d'échecs de l'administration américaine pose un défi stratégique complexe. Les États-Unis peuvent se permettre de mener un long jeu d'attente, fondé sur un effondrement économique graduel. Mais Israël ne dispose pas de ce privilège temporel.
Pour Trump, un Iran affaibli et miné de l'intérieur peut constituer une cible acceptable ; pour Israël, chaque semaine pendant laquelle des centrifugeuses pourraient tourner sous le couvert de l'écran de fumée diplomatique représente un danger réel.
La « rationalité » que Trump décèle à Téhéran est purement tactique. Les Iraniens sont passés maîtres dans l'art de gagner du temps, et Israël doit s'assurer que la manœuvre américaine ne se transforme pas en piège pour nous.