Un service qui n'a cessé de s'allonger au fil des décennies
Le service militaire obligatoire au sein de Tsahal a connu des changements considérables au fil des années. Avant la guerre des Six Jours, la durée du service obligatoire pour les hommes était de deux ans et demi (elle avait même été limitée à deux ans pendant une partie de cette période). Pour les femmes, la durée du service était de deux ans.
La paix avec l'Égypte, une occasion manquée
En 1979, sous le gouvernement du Premier ministre Menahem Begin, l'accord de paix avec l'Égypte fut signé. La paix avec ce qui avait été jusqu'alors le plus puissant ennemi d'Israël aurait dû, logiquement, entraîner une réduction significative du service obligatoire. Pourtant, il n'en fut rien. Au lieu de cela, lors du second mandat de Begin à la tête du gouvernement, une tout autre évolution se produisit. L'État d'Israël disposait d'une armée considérable, fruit d'un service militaire prolongé. Le front sud était calme et sécurisé grâce à l'accord de paix avec l'Égypte — et c'est précisément cette combinaison qui fut exploitée pour tenter d'instaurer un nouvel ordre au Moyen-Orient. C'est ainsi qu'en 1982, Israël lança la première guerre du Liban, qui se révéla être un désastre stratégique pour le pays et un désastre personnel pour le Premier ministre Menahem Begin.
Autrement dit, à la suite de l'accord de paix avec l'Égypte, il aurait été possible de réduire significativement la durée du service militaire obligatoire. Au lieu de cela, Israël s'engagea dans la première guerre du Liban, qui exigeait une force militaire d'envergure considérable — faisant ainsi tomber à l'eau toute idée de réduction du service.
L'élection de Begin et le tournant ultra-orthodoxe
L'élection de Begin s'accompagna du basculement des ultra-orthodoxes vers un rôle central dans le pouvoir politique — un statut qui s'est maintenu jusqu'à aujourd'hui et qui fut exploité pour les exempter du service militaire (l'exemption, initialement limitée aux yeshivot, s'étendit progressivement à l'ensemble du secteur ultra-orthodoxe) et pour leur octroyer une longue série d'avantages. Ces développements transformèrent profondément le caractère de l'État d'Israël et contribuèrent à une croissance massive du nombre d'ultra-orthodoxes et de leur part dans la population.
Un cercle vicieux se forma ainsi : la croissance démographique des ultra-orthodoxes renforça leurs exigences en matière d'avantages, lesquelles favorisèrent leur accroissement numérique — qui, à son tour, consolida leur poids électoral, entraînant des demandes d'avantages supplémentaires, lesquels alimentèrent de nouveau leur croissance et leur influence dans les urnes. Cette dynamique s'est traduite par une chute dramatique du taux d'hommes ultra-orthodoxes actifs sur le marché du travail.
Des techniques d'allongement déguisées
Le service prolongé a permis à Tsahal de l'allonger encore davantage par diverses techniques. L'une d'elles consiste à exiger la participation à un cours pré-militaire (kadam) comme condition d'accès à certains postes. Une autre impose la signature d'un engagement de carrière (certes mieux rémunéré que le service obligatoire), là encore comme condition d'accès à certaines fonctions, y compris l'intégration dans la réserve académique — une exigence qui n'existait pas pour la réserve académique avant la guerre des Six Jours. De telles exigences sont également présentées aux femmes souhaitant accéder à diverses fonctions au sein de Tsahal, auxquelles peut s'ajouter la condition d'accepter une prolongation du service obligatoire pour l'aligner sur la durée du service masculin.
Facile à allonger, difficile à réduire
Ce n'est qu'en 2014, soit près de 50 ans après l'allongement du service militaire masculin à trois ans, qu'un processus lent de réduction du service a commencé — d'abord de quatre mois, le ramenant à deux ans et huit mois. S'y ajouta la planification d'une réduction supplémentaire de deux mois, portant le service masculin à deux ans et demi (comme c'était le cas avant la guerre des Six Jours).
Nous assistons aujourd'hui à une demande de Tsahal de prolonger le service obligatoire à trois ans. Cette demande doit être rejetée catégoriquement. L'expérience montre qu'il est facile d'allonger le service, mais difficile de le raccourcir. Le public des soldats n'a pas de lobby efficace et organisé, et personne ne peut contrer la pression exercée par l'armée en faveur d'un service prolongé. Or le coût d'un tel service — pour l'individu comme pour l'État — est extrêmement lourd.
Des solutions alternatives à la prolongation
La manière de répondre au problème de main-d'œuvre au sein de Tsahal passe par les orientations suivantes : en premier lieu, une augmentation significative de la solde des soldats en service obligatoire. Une telle hausse refroidirait l'enthousiasme de Tsahal pour la prolongation du service et conduirait à une utilisation plus efficiente des ressources humaines dont il dispose.