Or le tableau qui se dessine aujourd'hui n'est guère réjouissant. Le régime iranien a survécu, a durci ses positions et prétend même avoir acquis un atout stratégique décisif : le contrôle du détroit d'Ormuz. Les éléments centraux du programme nucléaire sont demeurés en place, au premier rang desquels quelque 440 kilogrammes d'uranium enrichi. L'arsenal balistique iranien a certes subi des dommages, mais semble se reconstituer rapidement. Même si un accord entre les États-Unis et l'Iran venait à être conclu, il est permis de douter qu'il réalise les objectifs de guerre tels qu'ils ont été présentés au public. Dans le meilleur des cas, un tel accord pourrait limiter certaines capacités iraniennes et repousser certaines menaces ; il n'est pas susceptible de les éliminer totalement. Cela signifie qu'Israël pourrait, tôt ou tard, se retrouver face à de nouveaux « rounds ».

À cela s'est ajoutée la guerre qui s'est développée au Liban, approfondissant l'enlisement régional d'Israël. Mais ce qui est peut-être le plus préoccupant, c'est le préjudice porté au statut international d'Israël et à ses relations avec les États-Unis. Sur le plan opérationnel, la coopération entre les deux armées a été étroite et sans précédent. Pourtant, en parallèle, les accusations selon lesquelles Israël a entraîné les États-Unis dans cette guerre se sont renforcées, et sur la scène américaine, les voix isolationnistes réclamant une réduction de l'engagement américain au Moyen-Orient se sont amplifiées. Ces tendances risquent d'affaiblir l'alliance stratégique la plus importante d'Israël.

Comprendre les défaillances face à l'Iran et au Liban

Dans ces circonstances, une enquête approfondie s'impose. Israël a mené deux guerres en l'espace d'un an contre l'Iran, la plus grande menace à laquelle il fait face depuis trois décennies, sans parvenir à atteindre ses objectifs, tout en portant atteinte à un autre pilier essentiel de la sécurité nationale. Qui plus est, le fait même de s'engager dans une opération incluant l'élimination du dirigeant d'un État ennemi et un plan de renversement du régime constitue une rupture avec la doctrine de sécurité israélienne. Il est donc d'une importance capitale de comprendre les défaillances — tant pour l'apprentissage institutionnel du système politique et sécuritaire que parce que, dans un État démocratique, le public est en droit de comprendre comment les décisions ont été prises et pourquoi les objectifs de guerre n'ont pas été atteints.

La question centrale n'est pas nécessairement ce qui s'est passé au cours des combats, mais ce qui les a précédés. Comment les objectifs de guerre ont-ils été définis ? Sur quelles évaluations de renseignement reposaient-ils ? Des alternatives plus réalistes ont-elles été présentées au niveau politique ? Y avait-il une adéquation entre les objectifs annoncés au public et les capacités réelles de les atteindre ? Un débat suffisant a-t-il eu lieu sur les risques potentiels — non seulement pour Israël, mais pour l'ensemble de la région et pour l'économie mondiale ? L'éventualité d'une extension du conflit à d'autres fronts, au premier rang desquels le Liban, a-t-elle été prise en compte ?

Une enquête nécessaire, malgré les obstacles politiques

Bien entendu, une telle enquête ne va pas sans difficultés. La question du contrôle de la conduite de l'État en matière de politique étrangère et de sécurité est devenue un sujet politiquement brûlant, notamment au regard du fait qu'aucune commission d'enquête n'a encore été mise en place pour examiner les défaillances du 7 octobre. Mais un État qui souhaite tirer les leçons de ses erreurs ne peut se permettre de renoncer à un examen au seul motif qu'il est controversé.

En outre, il n'est pas nécessaire de recourir obligatoirement à une commission d'enquête d'État. D'autres options sont envisageables, notamment une commission d'enquête gouvernementale ou un audit mené par le Contrôleur de l'État. L'existence de ces alternatives permet de trouver un mécanisme susceptible de réduire les tensions politiques inhérentes à une telle démarche. Il est également possible de définir à l'avance le cadre de l'enquête de manière à neutraliser une partie des dimensions politiques — en précisant par exemple que l'objectif est d'établir la vérité et non d'établir des responsabilités individuelles, à l'image de ce qui a été fait pour la commission d'enquête américaine sur les attentats du 11 septembre 2001.

Ce débat prend une dimension supplémentaire à l'approche des prochaines élections. Les citoyens israéliens seront appelés à décider qui dirigera le pays dans les années à venir. Dans un monde idéal, une telle enquête aurait commencé et s'achèverait avant les élections, afin que l'électeur puisse prendre sa décision en disposant de l'ensemble des informations. En pratique, il est fort douteux qu'un processus sérieux puisse être mené à son terme dans un délai aussi court. Il serait même peut-être logique de reporter le début de l'examen à l'issue des élections, afin de réduire la tentation pour le niveau politique d'en influencer le déroulement et les conclusions. Cela dit, le sujet doit faire partie du débat électoral et peser sur les choix des électeurs.

S'inspirer du modèle de la commission Agranat

Une difficulté supplémentaire existe : l'histoire n'est peut-être pas encore terminée. Malgré le cessez-le-feu, Washington et Téhéran pourraient parvenir à un accord qui influencerait considérablement la perception des résultats de la guerre. Une solution possible consiste à délimiter l'enquête à une période définie, comme cela avait été fait avec la commission Agranat, en évitant d'attendre indéfiniment des développements futurs.

Une enquête approfondie et sérieuse ne changera pas les résultats de la guerre, mais elle pourrait contribuer à garantir quelque chose d'au moins aussi important : que la prochaine fois qu'Israël sera confronté à une décision stratégique de cette nature, il le fera avec une compréhension plus lucide des limites de la puissance, du processus de prise de décision et de l'écart possible entre ambitions politiques et réalité militaire et diplomatique. Dans un pays qui vit l'épée au flanc, ce n'est pas un luxe : c'est un véritable devoir.

Le Dr Yoel Guzansky est chercheur senior et responsable du département Golfe à l'Institut d'études sur la sécurité nationale (INSS). Le Dr Ehud Eiran est directeur du département des Relations internationales à l'Université de Haïfa.