Le système international accorde aux petits États un avantage non négligeable. À l'Assemblée générale des Nations Unies, les pays comptant quelques dizaines ou centaines de milliers d'habitants disposent d'une voix — exactement comme les États-Unis, la Chine ou l'Inde. Certes, l'influence des grandes puissances reste prépondérante dans la réalité politique, mais le principe de l'égalité souveraine confère aux petits États un poids diplomatique loin d'être négligeable. Dans un monde où chaque voix peut compter, même un petit pays peut exercer une grande influence.

À l'ère de la mondialisation, de nouveaux outils d'influence ont fait leur apparition. Autrefois, la puissance d'un État se mesurait au nombre de chars, d'avions et de soldats à sa disposition. Aujourd'hui, on peut aussi influencer grâce au capital, à la technologie, aux médias, aux réseaux sociaux et à la capacité à façonner les consciences collectives. Le soft power est devenu un atout stratégique d'une importance égale à la puissance militaire.

Singapour en est l'une des illustrations les plus frappantes. Petit État dépourvu de ressources naturelles, il est devenu un centre financier international et un foyer d'influence économique mondiale. Israël elle-même, malgré ses dimensions réduites, a réussi à s'imposer comme une puissance en matière d'innovation, de cybersécurité, de médecine et d'agriculture, et son rayonnement se fait sentir bien au-delà de ses frontières.

L'ingénierie des consciences

Toute influence n'est pas exercée à des fins positives. À côté des petits États qui favorisent la coopération, le développement et l'innovation, certains exploitent leur puissance économique et diplomatique pour promouvoir des idéologies islamiques radicales, influencer l'opinion publique et façonner des récits politiques.

Le Qatar est sans doute l'exemple le plus parlant de ce phénomène. Il s'agit d'un État de petite taille en termes de superficie et de population, mais doté d'une richesse colossale issue de ses ressources gazières et pétrolières. Pendant des années, le Qatar a réussi à se construire un statut international bien supérieur à ses dimensions. Il accueille des conférences internationales, entretient des relations avec des dirigeants du monde entier et sert parfois de médiateur dans des conflits régionaux.

Cependant, les critiques se multiplient quant à son rôle dans la promotion de courants islamistes radicaux. Pendant de longues années, le Qatar a accordé un soutien politique, médiatique et financier à des acteurs identifiés à la mouvance des Frères musulmans, devenue l'une des principales sources d'inspiration de l'islam radical. C'est de cette vision du monde qu'est également issu le Hamas, qui se considère comme la branche palestinienne des Frères musulmans.

Des dirigeants du Hamas ont opéré pendant des années depuis Doha, la capitale du Qatar, jouissant d'une liberté de mouvement et d'une légitimité politique. Parallèlement, des milliards de dollars ont été transférés à la bande de Gaza, présentés comme une aide civile et humanitaire. Ces fonds ont permis au Hamas de consacrer ses ressources à l'édification d'un appareil terroriste meurtrier, au creusement de centaines de kilomètres de tunnels, à l'acquisition d'armements et aux préparatifs qui ont finalement conduit à l'événement traumatique du 7 octobre.

L'influence du Qatar ne se limite pas au seul Moyen-Orient. Selon diverses publications, des sommes colossales ont été injectées au fil des années dans des universités américaines de premier plan, des instituts de recherche et des centres académiques. Une partie a servi à des activités philanthropiques légitimes, mais une autre partie visait à influencer le discours académique, les nominations de chercheurs et la construction d'un narratif anti-israélien et antisémite.

Après l'attaque du 7 octobre, lorsque des campus universitaires américains de premier rang sont devenus le théâtre de manifestations violemment anti-israéliennes, les questions sur l'influence des financements étrangers sur le climat académique et sur le développement de positions hostiles à Israël ont resurgi avec force.

Le Qatar a également investi des ressources considérables dans l'arène médiatique internationale. À travers des organes de presse, des campagnes publiques et des plateformes médiatiques transfrontalières, il est parvenu à influencer le discours public mondial et la manière dont les conflits au Moyen-Orient sont perçus. C'est là un exemple manifeste du fait qu'aujourd'hui, on peut exercer une influence non plus seulement par la force militaire, mais aussi en façonnant les consciences.

Une autre voie est possible

Le pouvoir des petits États peut aussi être mis au service de causes positives. On en trouve un exemple dans les États insulaires du Pacifique, notamment Nauru, Kiribati, les Îles Marshall et Fidji. Ces pays, bien que modestes en superficie et en population, ont compris qu'en se coordonnant et en coopérant, ils pouvaient amplifier leur influence sur la scène internationale, dans les forums multilatéraux et en particulier à l'Assemblée générale des Nations Unies.

Les États du Pacifique ont l'habitude de coordonner leurs positions et de s'organiser pour voter de manière concertée. Chacun ne détient qu'une seule voix, mais lorsque plusieurs États agissent ensemble, ils créent un poids diplomatique significatif. Au fil des années, ces pays se sont distingués par leur soutien constant à Israël et leur opposition aux résolutions unilatérales et déséquilibrées à son encontre. Ils ont prouvé que même les petits États peuvent agir avec loyauté envers des principes d'équité, de partenariat et de relations amicales durables. Nauru a été l'un des premiers pays après les États-Unis à reconnaître Jérusalem comme capitale de l'État d'Israël.

L'exemple des États du Pacifique illustre les deux faces de la diplomatie moderne. D'un côté, de petits États peuvent utiliser leur puissance économique et médiatique pour promouvoir des idéologies extrémistes, influencer l'opinion publique et servir des intérêts politiques. De l'autre, ils peuvent servir de voix morale, de pont entre les peuples et de partenaires dans la promotion de la stabilité et de la coopération internationale.

La diplomatie discrète des petits États peut être une force constructive de paix et de prospérité — mais aussi un outil de promotion d'idéologies dangereuses. Les petits États peuvent eux aussi s'imposer comme des acteurs respectés dans la définition de l'agenda mondial — en bien comme en mal.