Ce n'est pas seulement Ehoud Olmert qui a affirmé que Netanyahou et ses alliés « tenteraient de voler les élections » : des leaders de l'opposition comme Yaïr Lapid et Yaïr Golan, sans oublier les commentateurs habituels des réseaux sociaux, reprennent la même formule à l'envi. Au-delà de l'atmosphère de criminalisation qu'ils cherchent à coller à tout ce que la droite et ses partisans touchent, il s'agit là d'un appel à la mobilisation efficace pour faire sortir la gauche et les manifestants de la place Kaplan de chez eux.
Mais la vérité est tout autre : c'est la gauche qui tentera ici de voler les élections — ou plus précisément, de voler les acquis de la droite engrangés pendant les années de guerre. Elle tentera de s'approprier l'immense succès à Gaza et de capitaliser sur une situation où Tsahal contrôle désormais près de 70 % de la bande, après avoir démantelé et détruit la majeure partie de ses capacités militaires. Elle tentera d'obtenir « gratuitement » un Hezbollah frappé, détesté et diminué à un niveau sans précédent. Et surtout, elle tentera de s'accaparer le butin des deux campagnes historiques menées contre l'Iran — alors que la menace existentielle est quasiment neutralisée (et pourrait l'être totalement d'ici les élections). « L'Iran est plus faible que jamais, Israël plus fort que jamais » : ce n'est pas qu'un slogan accrocheur, c'est une aubaine sécuritaire pour laquelle la droite s'est battue, au sens propre comme au sens figuré — et que la gauche se fera un plaisir de voler pour en revendiquer la paternité.
La gauche tentera de voler ces élections — alors qu'elle mérite moins que jamais de les remporter. À supposer qu'Eisenkot conduise le bloc, nous parlons d'un homme politique qui a plaidé pour la capitulation face au Hamas, quelques mois seulement après le 7 octobre. À l'époque où Sinwar était encore en vie, où le Hamas était fort et enivré par son succès — et aurait été maintenu à deux pas des localités de la région de Gaza. Alors, qu'il vienne donc voler ce que nous avons accompli ?