Bien des heures avant le coup de sifflet initial, une chose était déjà évidente : le public brésilien régnait en maître au FIFA Fan Festival du Coliseum. Maillots jaunes, drapeaux brésiliens, tambours, chants et danses. Familles, enfants, étudiants et immigrés de longue date — tous étaient venus assister au match d'ouverture du Brésil dans la Coupe du monde 2026. Au coup de sifflet final, les sentiments étaient mitigés. Sur l'écran géant du Coliseum, les supporters brésiliens ont vu leur équipe terminer sur un match nul 1-1 face au Maroc, à East Rutherford, dans le New Jersey. Ismaël Saïbari avait donné l'avantage aux Marocains à la 21e minute, avant que Vinicius Junior n'égalise onze minutes plus tard grâce à une action individuelle somptueuse. Le Brésil s'est amélioré en seconde période, mais n'est pas parvenu à arracher le but de la victoire.
Carlo Ancelotti, lui non plus, n'a pas cherché à embellir la réalité : « Nous n'avons pas bien joué », a-t-il admis à l'issue de la rencontre. « Nous n'étions pas équilibrés, nous avons perdu de nombreux ballons et nous devons nous améliorer. » Le technicien italien, qui avait officié en 1994 comme adjoint d'Arrigo Sacchi à la tête de la Squadra Azzurra lors du Mondial américain, a ajouté que son équipe avait semblé nerveuse en début de match, avant de monter en puissance après les changements de la mi-temps. Il a néanmoins tenu à souligner qu'il n'était pas déçu du résultat, rappelant que « les Coupes du monde ne se gagnent pas sur la foi du premier match ». Les supporters brésiliens de Los Angeles semblent partager exactement cette conviction.
Ils rêvent encore
Tout au long de l'après-midi, nous avons échangé avec de nombreux supporters. Certains venaient du sud de la Californie, d'autres avaient spécialement fait le voyage depuis d'autres villes des États-Unis. Il y avait aussi des Brésiliens installés aux États-Unis ces dernières années, venus y travailler et s'y établir. Presque tous avaient un nom à la bouche : Vinicius Junior. Son but égalisateur avait électrisé les tribunes improvisées du Coliseum, rappelant pourquoi tant de monde voit en lui le nouveau visage du football brésilien. La star du Real Madrid était impliquée dans presque chaque action offensive dangereuse de la Seleção, et pour la première fois dans ce tournoi, il a pris ses responsabilités au moment décisif. Mais c'est précisément la performance éclatante de Vinicius qui ramenait chaque conversation vers un seul et même nom :
Neymar.
La légende brésilienne n'a pas encore retrouvé le statut central qui était le sien à son apogée, mais aux yeux de nombreux supporters, il demeure la figure la plus importante de la Seleção : « On aime Vinicius », confie l'un d'eux. « Mais Neymar, c'est le joueur qui change les matchs. Celui qui te donne quelque chose qu'aucun autre ne peut t'offrir. » Un autre supporter est allé encore plus loin : « Avec Vinicius, on peut aller loin. Avec Neymar, on peut gagner le trophée. »
« Avec lui, on peut gagner » — Neymar sur le banc
Tout au long de l'après-midi, les maillots floqués du numéro de Neymar étaient les plus nombreux dans l'enceinte, devant ceux de n'importe quel autre joueur. Des enfants se faisaient photographier avec le numéro 10, des adultes débattaient de son état de forme et de la question de savoir quand il pourrait véritablement peser sur le tournoi, d'autres confiaient qu'ils attendaient de le voir revenir sur le devant de la scène.
C'est peut-être l'image la plus saisissante qui se dégage du Coliseum : le Brésil est en pleine transition générationnelle. Vinicius est la star du moment, l'homme qui a porté l'équipe lors de ce premier match — mais Neymar représente encore, pour beaucoup, le grand rêve. Le leadership, quant à lui, n'a pas suffi à pousser les supporters vers la sortie après le coup de sifflet final.
Sur la pelouse du Coliseum, ils ont continué de se prendre en photo, de chanter et de danser. Le match nul contre le Maroc n'a pas entamé le moral ambiant, notamment parce que la plupart croient que l'équipe progressera à mesure que le tournoi avancera. En fin de soirée, le message central des supporters brésiliens semblait finalement très simple : Vinicius a donné au Brésil une raison de sourire, mais c'est Neymar qui lui donne encore une raison de croire.