Deux millénaires, trois leçons toujours en attente
Ce même jour coïncidait avec le 17 Tamouz — le jour où les murailles de Jérusalem furent percées. Le jour où commença le processus qui mena à la destruction du Temple et à l'exil le plus long de l'histoire du peuple juif. Deux mille ans séparent ces deux événements, mais il semble que trois enseignements tirés de cette destruction cherchent encore à être assimilés.
Vient alors la vraie question difficile. Fort de ces leçons, comment est-il possible qu'après mille jours de guerre, au cours desquels Israël a enregistré des succès militaires sans précédent, une partie du public soit convaincue que nous sommes en train de perdre ? Une partie de la réponse se trouve sur le champ de bataille des consciences.
La guerre des perceptions : un front négligé
Le porte-parole de Tsahal divulgue peu — et avec une grande justesse opérationnelle — l'étendue réelle des dommages infligés à l'ennemi. Le public israélien voit, encore et encore, les destructions à Kiryat Shmona, à Be'eri, à Bat Yam ou à Rehovot. En revanche, l'ampleur des frappes portées à Gaza, au Liban, en Iran et sur d'autres fronts, il ne la connaît principalement qu'à travers les réseaux sociaux et les médias étrangers. Dans la guerre moderne, celui qui perd la bataille des consciences risque de se retrouver vainqueur sur le terrain — mais convaincu d'être vaincu.
L'exemple le plus frappant est celui de l'Iran. Malgré les coups portés au régime — au sommet du commandement, aux systèmes de défense aérienne, aux infrastructures militaires et aux symboles de pouvoir du régime — le message transmis au public iranien et au monde est celui de la confiance, de la résistance et même de la victoire. Ce n'est pas nécessairement la réalité militaire ; c'est la réalité perçue. Et dans les guerres, la perception a parfois une influence presque aussi grande que le champ de bataille lui-même.
Deux mille ans sans éthos de la victoire
Mais il existe une réponse plus profonde. Pendant près de deux mille ans, le peuple juif n'a pas développé d'éthos de la victoire militaire. Depuis la révolte de Bar Kokhba jusqu'aux débuts du sionisme, nous n'avons pas engendré de chefs militaires nationaux, nous n'avons pas écrit d'épopées de victoires et nous n'avons pas bâti une culture qui sacralise la décision sur le champ de bataille. Nous avons survécu grâce au Livre, non grâce à l'épée. Nous avons développé un génie intellectuel, mais nous avons perdu le langage de la victoire.
C'est peut-être pour cette raison que certains parmi nous peinent à voir dans la victoire un objectif. Pour eux, l'aspiration même à une décision est perçue comme suspecte, presque dangereuse. Il semble plus confortable de parler de « gestion du conflit », de « endiguement », de « cessation des combats », plutôt que de victoire.
La victoire, langage de survie
Au Moyen-Orient, la victoire n'est pas un gros mot. Elle n'est pas non plus une expression d'hubris. Elle est le langage de la survie. Cela ne signifie pas qu'il faille mépriser l'ennemi ni croire que la force résout tout. C'est même le contraire. L'histoire juive enseigne précisément que l'humilité est une condition de la survie. Mais l'humilité n'est pas la renonciation à la victoire. C'est la conscience que, même après la victoire, il faut continuer d'agir avec responsabilité.
C'est peut-être là la quatrième leçon que le 17 Tamouz et mille jours de guerre cherchent à nous enseigner ensemble : il ne suffit pas de posséder une armée puissante. Un peuple doit aussi croire en la légitimité de sa victoire.
Achever la révolution de la conscience
Il est temps de parachever la révolution des consciences qui a commencé avec la création de l'État. De quitter le long couloir de l'exil pour entrer dans la salle de la souveraineté. De comprendre que la victoire n'est ni un slogan politique ni un caprice militaire. Elle est une condition de l'existence de l'État d'Israël. Après deux mille ans d'exil et mille jours de guerre, il est temps que la conscience juive apprenne, elle aussi, à vaincre.