En tant que commandant de bataillon qui avait reçu des missions et était parti combattre avec ses soldats pendant 34 jours d'intenses combats au cœur du Liban, j'avais ressenti une immense fierté de voir mes hommes accomplir toutes leurs missions et rentrer sains et saufs. Mais aux côtés de cette fierté, nous avons découvert en temps réel à quel point nous ignorions l'ennemi qui nous faisait face — du moins au niveau du combattant. Aujourd'hui, 20 ans plus tard, la phrase prononcée en ce matin maudit continue de réveiller les cellules de la mémoire, mais prend une signification différente — plus actuelle et pertinente que jamais.

Une supériorité du renseignement à ne jamais tenir pour acquise

Il est permis de douter que, sur le plan du renseignement, nous puissions nous permettre de nous reposer sur nos lauriers. Notre supériorité dans ce domaine doit être réévaluée en permanence. Nous devons intégrer le fait que l'ennemi qui nous fait face dispose d'un souffle stratégique et d'une grande patience. Il apprend, il progresse, et pour chaque capacité technologique que nous développons, il s'attache à élaborer une réponse, ou tout simplement à contourner cette capacité. De là découle une conviction fondamentale : le renseignement, aussi avancé et sophistiqué soit-il, ne remplacera jamais un déploiement physique et une présence massive de forces sur le terrain. Nous avons en effet pu constater qu'au moment critique, même avec des moyens primitifs, un ennemi déterminé est capable de percer et de franchir nos lignes de défense les plus sophistiquées.

La menace du Hezbollah ne disparaîtra pas d'elle-même

La menace du Hezbollah ne s'évaporera pas seule. Elle est vivante, respirante et s'intensifie, et tant que l'Iran demeure un acteur puissant, bailleur de fonds et initiateur sur ce théâtre d'opérations, le Hezbollah continuera de menacer notre existence même. Nous ne pouvons accepter ni un calme provisoire ni des arrangements sur le papier. Il nous faut tirer les leçons de la deuxième guerre du Liban : il ne faut pas laisser le front Nord et les courageux habitants du Nord — qui ont été évacués de leurs maisons et ont payé un lourd tribut — à nouveau abandonnés aux caprices de l'Iran et du Hezbollah.

Le souvenir d'Eldad et d'Ehoud, des 119 combattants tombés pendant la deuxième guerre du Liban, et de tous ceux que nous avons perdus depuis le 7 octobre, nous oblige à un changement conceptuel profond. Notre direction doit cesser de s'appuyer sur un sentiment de supériorité illusoire, cesser de réagir et commencer à initier. Plus question de contenir les menaces : il faut une décision claire — construire une force adaptée aux menaces qui pèsent sur nos frontières.