Mais s'il est un élément qui symbolise la différence entre une Coupe du monde aux États-Unis et un Mondial ailleurs dans le monde, ce sont bien les prix. Au cours d'une visite informelle effectuée hier soir au SoFi Stadium de Los Angeles, j'ai constaté qu'un supporter souhaitant s'offrir une bière pendant le match devra débourser 18,50 dollars pour une Michelob Ultra ou une Pacifico. Ceux qui préfèrent une bière artisanale paieront 19,50 dollars.

Et ce, avant même d'aborder les alcools forts. Un simple shot de vodka, de whisky ou de tequila coûte 21,25 dollars. La version premium des mêmes spiritueux grimpe à 23,25 dollars. Un double verre atteint déjà 27 à 30 dollars. À titre de comparaison, le prix de deux bières au stade suffit à s'offrir un repas complet dans de nombreuses régions des États-Unis. L'eau elle-même n'est pas donnée : 5,25 dollars la bouteille.

À voir pour le croire

Les coulisses du tournoi réservent également leur lot de surprises : le centre de presse de la FIFA au SoFi Stadium est en réalité la salle de spectacle attenante. Au lieu de rangées interminables de tables en plastique dans une salle de conférence terne, les journalistes du monde entier travaillent depuis la scène d'un théâtre moderne, avec un éclairage professionnel, d'immenses écrans et une vue sur les gradins et la fosse d'orchestre.

Mais en fin de compte, les espoirs se tournent vers les grandes représentations sur la pelouse. Pour les États-Unis, le match d'ouverture contre le Paraguay est bien plus qu'une rencontre de phase de groupes. C'est l'occasion de montrer au monde à quel point le football américain a progressé depuis le dernier Mondial organisé dans le pays, en 1994. Les Américains ont investi des milliards dans les infrastructures, les académies et le développement du sport. Les stars de la sélection évoluent dans les plus grands championnats européens, et les attentes du public n'ont jamais été aussi élevées. Pour beaucoup ici, il ne suffit pas d'accueillir le tournoi avec succès : la sélection doit aussi livrer des résultats.

La pression autour du match contre le Paraguay se fait donc clairement sentir. Une victoire de l'équipe de Pochettino pourrait déclencher une vague d'enthousiasme immense à travers tout le pays. Un nul ou une défaite plongerait immédiatement la sélection sous pression dès le début de l'aventure.

Et comme dans toute Coupe du monde — et encore plus celle-ci — certains matchs dépassent largement le cadre du football. L'un d'eux sera la rencontre entre l'Iran et la Nouvelle-Zélande : sur le papier, il s'agit d'un duel entre deux équipes cherchant à engranger des points en phase de groupes. Dans les faits, c'est aussi une confrontation qui intervient dans l'un des contextes les plus sensibles des relations entre l'Iran et l'Occident ces dernières années.

L'intérêt suscité par l'équipe iranienne ne se limite pas à ce qui se passera sur la pelouse. Des supporters iraniens sont attendus de tout le territoire américain, et il sera fascinant d'observer quels symboles et drapeaux apparaîtront dans les tribunes. La FIFA a interdit l'entrée de l'ancien drapeau iranien — celui que brandissent les opposants au régime. Lors de précédents tournois, les matchs de l'Iran sont souvent devenus une tribune d'expression pour différentes identités politiques au sein de la communauté iranienne de la diaspora. Cette fois, cela sera plus vrai que jamais.

Et c'est peut-être là le grand récit de toute cette Coupe du monde : qu'il s'agisse d'un supporter qui débourse 20 dollars pour une bière, d'un journaliste qui émet depuis un théâtre reconverti en centre de presse, d'Américains rêvant d'une percée historique ou de supporters iraniens arrivant avec tout le poids politique du Moyen-Orient — ce Mondial est bien plus qu'un simple tournoi de football. Et ici, à Los Angeles, un jour avant que le ballon ne commence officiellement à tourner, on sent déjà que le monde entier a convergé vers une seule et même ville.