La réponse iranienne à la proposition américaine n'était pas seulement négative. Elle était cinglante, presque provocatrice. Téhéran ne s'est pas contenté de rejeter les éléments de l'offre : il a tenté d'en inverser la logique. Ce n'est pas l'Iran qui doit plier sous la pression américaine, mais Washington qui doit cesser les opérations, lever la pression maritime et reconnaître à nouveau la marge de manœuvre iranienne. En d'autres termes, l'Iran a répondu en acteur convaincu que l'autre camp ne dispose pas non plus d'une bonne option.
Pendant de longues journées, Trump a attendu la réponse iranienne en espérant qu'elle lui fournirait un fil auquel se raccrocher. Il avait suspendu l'« Opération Liberté » dans le détroit d'Ormuz, laissé les médiateurs travailler et affiché une disposition à explorer une voie diplomatique — non pas parce qu'il avait changé de position, mais parce qu'il cherchait à convertir la pression militaire en acquis politique. Une réponse iranienne positive, même partielle, lui aurait permis de plaider que la force avait fonctionné, que l'Iran avait bougé et que c'est l'Amérique qui avait fixé les règles du jeu. Mais lorsque la réponse de Téhéran est arrivée, Trump l'a rejetée avec virulence, déclarant que le cessez-le-feu était « sous respirateur artificiel » et précisant que les Iraniens étaient revenus sur des engagements touchant également à l'exportation de l'uranium enrichi. Au lieu de lui offrir une sortie, l'Iran l'a reconduit au dilemme qu'il cherchait à éviter.
Les Iraniens, semble-t-il, lisent Trump avec acuité. Ils voient un président qui ne veut pas paraître faible, mais qui n'est pas non plus impatient de s'engager dans une guerre prolongée. Ils comprennent son aversion pour les conflits interminables, sa sensibilité aux prix du carburant, les critiques croissantes sur le front intérieur, son attention aux inquiétudes de l'Arabie saoudite, son regard tourné vers les élections de mi-mandat et son désir d'arriver à sa visite en Chine avec l'image d'un président qui gère les crises plutôt que d'un homme entraîné par elles. En toile de fond, la Coupe du monde 2026 rend également une guerre prolongée dans le Golfe et une flambée des prix de l'énergie particulièrement malvenues pour lui. Sa proposition de suspension temporaire de la taxe sur le carburant illustre à quel point le coût économique de la crise pèse déjà dans ses calculs.
Cela ne signifie pas que Trump n'attaquera pas. C'est précisément là que réside le danger. Un président qui se sent mis à l'épreuve peut choisir l'escalade pour reprendre la main. Et de fait, après avoir rejeté la réponse iranienne, il a laissé entendre qu'il envisageait de relancer l'« Opération Liberté » à Ormuz et a même évoqué une action militaire d'une plus grande ampleur. Mais même en cas d'attaque, on ne sait pas clairement quelle en serait l'issue ni ce que les États-Unis considéreraient comme une image de victoire. Une nouvelle frappe peut infliger des dommages à l'Iran, mais aussi aggraver la crise à Ormuz, faire monter les prix du pétrole et transformer l'opération en un bras de fer interminable autour de la crédibilité américaine. À l'inverse, un accord partiel, de nouvelles discussions ou le report de la question de l'uranium pourraient être perçus comme une capitulation.
Plus la décision est différée, plus le coût stratégique s'alourdit : l'érosion possible de la dissuasion américaine. Si l'Iran se convainc que la fermeture d'Ormuz, une escalade maîtrisée et la formulation d'exigences maximalistes contraignent Washington à s'arrêter et à chercher une issue, il risque d'en conclure que sa pression fonctionne. Pour Trump, il ne s'agit plus seulement d'un accord ou d'une guerre, mais de la crédibilité américaine face à Téhéran, face aux alliés du Golfe et face à d'autres adversaires.
Plus Netanyahou insiste publiquement sur la nécessité d'extraire l'uranium d'Iran, plus il renforce la logique sécuritaire israélienne — mais aussi la campagne menée contre lui à Washington, selon laquelle Israël cherche à pousser Trump vers un retour à la guerre.
Plus Netanyahou insiste publiquement sur la nécessité d'extraire l'uranium d'Iran, plus il renforce la logique sécuritaire israélienne — mais aussi la campagne menée contre lui à Washington, selon laquelle Israël cherche à pousser Trump vers un retour à la guerre.
C'est là aussi le piège israélien. Plus Netanyahou insiste publiquement sur la nécessité d'extraire l'uranium d'Iran, plus il renforce la logique sécuritaire israélienne, mais il alimente également la campagne menée contre lui à Washington, selon laquelle Israël cherche à pousser Trump vers un retour à la guerre. En revanche, maintenant que Trump lui-même a fait de l'extraction de l'uranium une question publique de crédibilité et de résultats, le sujet n'est plus seulement une exigence israélienne.
C'est pourquoi Israël doit mettre en garde contre une mauvaise sortie de crise, et non réclamer la guerre. Le message doit être simple : un retrait américain qui laisserait à l'Iran le cœur de sa capacité nucléaire ne mettra pas fin à la crise — il ne fera que la reporter. Trump cherche une sortie qui ressemble à une victoire ; Israël doit veiller à ne pas permettre à l'Iran de proclamer, peu après, qu'il a survécu et qu'il a gagné.