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Ce qui aurait dû être une procédure simple et rapide est redevenu une saga épuisante : le Premier ministre annonce une nomination à un poste donné, et la conseillère juridique du gouvernement, Gali Baharav-Miara, tente d'y faire obstacle. Le prétexte invoqué varie d'un candidat à l'autre, mais ces derniers temps, on a découvert un nouveau crochet auquel s'accrocher : la « pureté des mœurs ».

La notion de pureté des mœurs est devenue le refuge du scélérat, et le scélérat s'est empressé de l'assouplir et de l'étirer à sa guise. La pureté des mœurs de Roman Gofman n'est pas différente aujourd'hui de ce qu'elle était lorsqu'il a été nommé commandant du renseignement militaire ou secrétaire militaire du Premier ministre. L'affaire Al-Makais était déjà dans les coulisses à l'époque, mais cela n'a dérangé personne pour le nommer à diverses fonctions.

La pureté des mœurs de Gofman était également connue de Dadi Barnea lorsque celui-ci a témoigné devant le comité consultatif, sans dire un mot à ce moment-là sur les qualités morales du candidat pressenti à la tête du Mossad. Et plus généralement, qui sait dans quelle mesure Barnea lui-même, selon les critères qu'il a fixés, respecte au quotidien les limites de cette pureté des mœurs qu'il dirige ?

Barnea est à la tête d'une organisation qui, par nature, accomplit des actes ne répondant pas aux standards de pureté des mœurs de nombreuses sociétés. L'espionnage, le mensonge et d'autres pratiques sont en apparence contraires à la morale, mais dans notre conception, ils sont légitimes car ils visent à assurer la sécurité de l'État.

Barnea peut-il garantir que chaque écart aux normes morales de ses agents s'est fait dans les limites de l'autorité et des compétences ? Vraisemblablement non. Mais s'il souhaite être nommé à l'avenir à un poste dans la fonction publique, il faut espérer que nul ne brandirait contre lui chacun des agissements des agents du Mossad aux quatre coins du monde.

Barnea est peut-être tombé dans le piège que le gouvernement des juristes lui a tendu. Car la nomination de hauts fonctionnaires est une question de droit, et la loi est claire sur ce point : c'est le comité consultatif qui est chargé d'approuver telle ou telle nomination.

Baharav-Miara est elle aussi gardienne de la loi, qui est une chose objective, et elle est censée en être la vigile. Mais la conseillère juridique du gouvernement, en se positionnant en sentinelle de la morale, se voit comme gardienne de la vertu. Or son rôle est de veiller à la loi objective. Et la loi a également prévu des solutions pour les cas où des questions morales se posent — comme le comité consultatif.

Ce n'est que dans les sociétés dotées d'un régime fondamentaliste radical qu'on accorde à un seul individu ou à un groupe particulier le pouvoir d'imposer une morale selon les critères subjectifs de celui qui détient ce pouvoir.

Ce n'est que dans les sociétés dotées d'un régime fondamentaliste radical qu'on accorde à un seul individu ou à un groupe particulier le pouvoir d'imposer une morale selon les critères subjectifs de celui qui détient ce pouvoir.

Ainsi, aussi bien chez un sage de la Halakha que chez Baharav-Miara, la notion de pureté des mœurs peut être exploitée au gré de chaque caprice.

Et il y a là un schéma récurrent. Dans le cas de la nomination de David Zini également, on a instrumentalisé la notion de pureté des mœurs — en réalité à propos de ses opinions sur la démocratie et le système judiciaire. Il ne s'agissait donc même plus de pureté des mœurs, mais d'autre chose : la pureté des opinions.

Et parce que les opinions de Zini ne sont pas aussi « pures » que celles de Baharav-Miara, on a tenté de lui coller des taches de conduite morale douteuse. Lorsque cela n'a pas abouti, on a élargi le concept au-delà du candidat lui-même, en allant jusqu'à remettre en cause la pureté des mœurs de son père et d'autres membres de sa famille. À l'instar, comme dit précédemment, des régimes radicaux où, si un individu fait défection ou critique l'État, les membres de sa famille en sont punis.

La pureté des mœurs est un concept devenu une arme dirigée contre les nominations gouvernementales, aux mains de juristes qui, au lieu de veiller sur la loi, cherchent des moyens de la contourner. Mais même la pureté des mœurs de Gofman n'a pas été mise à l'épreuve hier devant le tribunal. C'est le cousin germain de la pureté des mœurs qui y était en débat : le caractère extrêmement déraisonnable.

La version originale de cet article a été publiée dans Ynet. Cette version en français a été adaptée.